« Ne t’afflige pas, ma fille! »

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Guillermina était sûre que Marie Auxiliatrice ne les abandonnerait jamais dans cette terrible situation. Pourtant, la Vierge ne semblait pas l’entendre : plus elle récitait le « Souvenez-vous », plus les choses empiraient!

Natalia García Malaver

Sur les terres de Trás-os-Montes, près de Vila Real, s’étendaient de magnifiques prairies. La plupart des propriétaires terriens de la région élevaient des moutons. Avec la laine des moutons, on obtenait un excellent fil, à tel point que des marchands de lointaines contrées venaient jusqu’ici pour l’acheter.

Manuel possédait l’une de ces propriétés. Il avait hérité de son père un grand troupeau dont il prenait jalousement soin et que, parfois, il menait paître lui-même. Il appelait chaque mouton par son nom, eux reconnaissaient sa voix et lui obéissaient.

Son épouse, Guillermina, était l’une de ces Portugaises fortes et déterminées qui ne s’arrêtaient jamais de travailler. Elle aimait beaucoup ses domestiques : elle aidait les filles qui cardaient et filaient la laine tout en leur révélant les secrets de ce métier qu’elle maîtrisait depuis qu’elle était tout petite. Elle leur apprenait à utiliser la quenouille avec tant d’adresse que la laine de cette propriété était l’une des plus recherchées.

Avec Manuel, ils formaient un fervent couple catholique. Ils participaient à toutes les activités de la paroisse et aucun de leurs enfants ne manquait de se rendre à la messe tous les dimanches; ils veillaient aussi à ce que chacun d’entre eux assiste à tous les cours de catéchisme.

Guillermina se levait à l’aube presque tous les jours pour assister à la première messe, célébrée à six heures du matin au petit village. À midi pile, la grande cloche centenaire de la propriété sonnait et tout le monde cessait son travail pour réciter l’angélus. À la fin de la journée, Manuel réunissait sa famille et ses domestiques dans la chapelle afin de réciter le chapelet.

La maison respirait le bonheur : les enfants grandissaient heureux et en bonne santé, les affaires étaient prospères, le troupeau s’agrandissait, les patrons et les employés vivaient ensemble dans la plus grande harmonie.

Mais un jour, trahi par une personne en qui il avait pourtant confiance, Manuel perdit tous les biens de la famille. La maison, les champs et le troupeau furent hypothéqués pour rembourser les dettes; mais celles-ci étaient si nombreuses qu’il était impossible de les payer toutes…

Guillermina, son mari et ses enfants durent abandonner la propriété pour vivre dans une simple cabane. Pour gagner de quoi nourrir sa famille, Manuel travaillait comme berger pour un vieil homme qu’il connaissait, tandis que Guillermina cardait et filait la laine des moutons.

Le temps passait et la situation ne s’améliorait pas, malgré tous leurs efforts. Il leur restait toujours des dettes et le salaire de Manuel suffisait à peine à entretenir la famille.

Pour aider son mari, Guillermina passait des nuits entières à filer la laine à l’aide d’une quenouille déboîtée, tout en continuant à cuisiner, laver, repasser et prendre soin de ses enfants, maintenant leur humble demeure toujours propre et rangée. Alors qu’elle travaillait ainsi, elle priait et priait encore… Elle était convaincue que Marie Auxiliatrice ne les abandonnerait pas.

À certains moments de la journée, elle arrêtait ce qu’elle était en train de faire pour réciter la prière de saint Bernard, en prononçant ces mots avec une ferveur particulière : « …on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance ou réclamé vos suffrages, ait été abandonné »…

Mais la Sainte Vierge ne semblait pas l’entendre : plus elle récitait le « Souvenez-vous », plus les choses empiraient!

Un jour, à l’aube, à la lumière d’une petite lanterne, ses doigts blessés d’avoir tant filé la laine, désespérée et en pleurs, Guillermina récita tout en travaillant :

— Notre-Dame, je sais que vous n’abandonnez jamais ceux qui font appel à vous. Mais voyez notre situation : les enfants n’ont presque plus rien à manger, les créanciers viennent constamment frapper à notre porte; Manuel est si maigre qu’il n’a plus de forces pour mener le troupeau aux pâturages… S’il vous plaît, Notre-Dame, nous ne pouvons plus souffrir tout cela! Aidez-nous!

Au milieu des gémissements et des larmes, Guillermina sentit une lumière resplendissante illuminer le petit espace dans lequel elle se trouvait. Puis des mains accueillantes et affectueuses se posèrent sur ses épaules, l’emplissant de force et de courage. La Sainte Vierge était venue la consoler et lui dire, d’une voix douce :

Il leur restait toujours des dettes et le salaire de Manuel suffisait à peine à entretenir la famille. (Dessins : Édith Petitclerc)

— Ne te t’afflige pas, ma fille! Les souffrances que tu endures dans cette vie servent à expier tes fautes. En nous infligeant ces souffrances, Dieu nous montre qu’Il nous aime : tout ce que nous endurons sur cette Terre, si nous le faisons avec confiance et résignation, nous permet d’être plus semblables à mon Divin Fils, flagellé, couronné d’épines et mort sur la Croix pour nous sauver. Supporte ces adversités avec patience, car elles permettront d’obtenir, pour toi et ta famille, des mérites si grands que tu ne peux les imaginer. Aie confiance en chacune de tes difficultés, ma fille, je serai à tes côtés!

Et Elle disparut…

Guillermina se sentit si fortifiée après cela qu’elle ne se plaint plus jamais. Elle donnait du courage à son mari lorsqu’il avait des difficultés, réjouissait ses enfants lorsqu’ils étaient tristes et offrait toutes les tribulations de sa vie misérable et malheureuse pour atténuer, par l’intercession de Marie, les douleurs du Divin Rédempteur.

Dans le Ciel, Marie contemplait avec plaisir la droiture de cette âme si fidèle. Elle se complaisait dans la souffrance avec sa fermeté, sa bonne disposition et son dévouement envers son mari et ses enfants. Marie obtint de son Divin Fils qu’Il restitue à sa chère Guillermina tout ce qu’elle avait perdu.

L’ami qui les avait trahis, repenti et rongé par le remords, décida de quitter la région, sans oublier de laisser devant la porte de leur misérable cabane un sac contenant assez d’argent pour rembourser toutes les dettes qu’il restait à la famille et pour acheter un nouveau terrain.

À partir de ce moment-là, la prospérité fut de retour dans le foyer de Manuel et Guillermina. Les prairies de leur nouvelle propriété étaient encore plus belles que les anciennes; après quelques travaux, leur nouvelle maison fut encore plus accueillante. Les enfants avaient grandi; ils étaient vigoureux et pouvaient désormais aider leur père à prendre soin du magnifique troupeau.

Dans la chapelle de la nouvelle propriété, on disposa près de l’autel une effigie souriante de Marie Auxiliatrice qui, à en croire beaucoup, était la plus belle image d’Elle dans toute la région, plus encore que celle que l’on vénérait dans l’église.

Était-ce la vérité ou les gens exagéraient-ils par amitié pour la famille? Nous n’en savons rien, mais Guillermina affirmait toujours que cette image ressemblait incroyablement à la dame lumineuse qui lui avait dit, un jour où elle était désespérée : « Ne t’afflige pas, ma fille! »

 

(Revue Arautos do Evangelho, Août 2009, no 92, p. 46-47)

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